Interview : La parole de Frédéric Vincent sur le prix du lait

23 janvier 2026 | Publié par FDSEA 49 - JA 49

Retrouvez l'interview de Frédéric Vincent, président de la Fédération départementale laitière dans le numéro de l'Anjou Agricole du 23 janvier 2026.

La FNPL, dont vous êtes membre, est vent debout contre certaines baisses annoncées du prix du lait en ce début 2026. De quel ordre sont-elles ?

En effet, après une année 2025 où la moyenne des principales laiteries se situait entre 450 et 470 €/1000 litres en prix de base, nous avons des retours de certaines laiteries qui nous remontent pour ce début d’année des prix autour de 430 €, voire moins. Ce n’est pour nous pas entendable. En dessous de 450 € aujourd’hui, au vu des charges que nous avons, c’est se moquer des producteurs, d’autant que depuis 2 ans, on se situe 50 € en dessous des Allemands, des Belges et des Hollandais.
Avoir une hausse modérée des prix quand les marchés sont porteurs et demander aux producteurs d’être résilients quand les marchés sont à la baisse, ce n’est pas entendable. Et c’est aussi un très mauvais
signal envoyé à la grande distribution en pleines négociations commerciales. Je rappelle que la matière première agricole doit être sanctuarisée et respectée dans le cadre d’Egalim. Or notre indice de
coût de production publié en septembre dernier a augmenté de 4,5 %. Egalim doit nous protéger !

Les industriels mettent en avant la baisse du beurre/poudre. Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes conscients que le marché beurre/poudre à l’export est moins valorisant qu’il y a quelques mois. Cela dit, nous contestons toujours les indices qui sont retenus par les industriels pour la valorisation du beurre dans les formules de prix. Ceux-ci s’appuient sur un indice « beurre cube 25 kg », mais qui en réalité ne correspond pas à ce qu’ils valorisent majoritairement, à savoir du beurre plaquette, valorisé 2 à 3 fois plus cher. Donc nous contestons cela au Cniel (interprofession, NDLR). D’autre part, le beurre/ poudre ne représente en moyenne que 20 % des volumes, et jusqu’à 30 % pour les laiteries les plus engagées sur ces marchés. Et pour nous, la prise en compte de notre indice coût de production, qui
a augmenté, et qui doit peser sur au moins 50% des volumes collectés, devrait annihiler cet effet baisse des cotations du beurre. Cela doit s’équilibrer et, nous le répétons, il n’y a pas de raison que le prix baisse à ce niveau là aujourd’hui.

Droits de douane chinois, droits de douane américains, Mercosur..., cela vous inquiète-t-il sur le long terme ?
Chacun de ces cas est différent. On exporte plutôt du beurre/poudre sur la Chine, plutôt des fromages à forte valeur ajoutée sur les États-Unis, et sur le Mercosur on pourrait peut-être exporter également plus de fromages mais subir, a contrario, un effet sur notre produit viande. Mais il y a un point commun entre
ces 3 cas, et il est en effet inquiétant : c’est que l’agriculture est à chaque fois perçue comme une monnaie d’échange ou un moyen de pression géopolitique.


PROPOS RECUEILLIS PAR ARNAUD FRUCHET