Eau et agriculture : faisons le choix de la souveraineté alimentaire face au changement climatique en Maine-et-Loire

30 avril 2026 | Publié par FDSEA 49 - JA 49

Les organisations professionnelles agricoles ont publié une lettre ouverte afin d'alerter l'Etat et le législateur sur la problématique de l'eau "pour que le cadre change, qu’il devienne durable, au service de l’environnement ET de l’économie".

L’eau est une composante majeure de l’agriculture, et tout particulièrement en Maine-et-Loire, département qui compte une très grande diversité de production. Maraîchage, arboriculture, semences, horticulture, plantes aromatiques ou médicinales… toutes ces filières à forte valeur ajoutée très ancrées dans le territoire, ont besoin de l’irrigation pour garantir une production en quantité et de qualité. Au-delà de ces filières végétales spécialisées, l’irrigation permet de sécuriser les productions de céréales et de fourrages pour l’élevage. Dans un département très orienté en polyculture élevage, l’accès à l’eau pour l’abreuvement des animaux mais aussi pour sécuriser leur alimentation est essentiel.

L’agriculture directement impactée par le changement climatique
Partout sur le territoire, les agriculteurs constatent la même réalité : le climat change plus vite que nos politiques publiques. Depuis 10 ans, les agriculteurs doivent faire face successivement à des crues hivernales, cette année d’une ampleur exceptionnelle et des périodes de sécheresse qui se multiplient mais aussi des gelées printanières et des pics de chaleur plus récurrents qui augmentent l’évapotranspiration des plantes et donc leur besoin en eau.
Les experts du GIEC Pays de la Loire le confirment, les précipitations deviennent plus irrégulières, avec potentiellement davantage de pluies hivernales et des risques de périodes estivales de plus en plus sèches. Les tensions sur la ressource s’accentuent donc précisément, au moment où les cultures en ont le plus besoin alors qu’une grande partie de l’eau en excès l’hiver, part à la mer.
D’ores et déjà mais surtout dans les années à venir, la sécurisation de l’accès à l’eau devient stratégique pour le maintien de notre production et de notre souveraineté alimentaire.

L’agriculture déjà en mouvement
Il serait faux de croire que l’agriculture n’a pas déjà engagé sa transformation. Depuis plusieurs années, les agriculteurs s’organisent et investissent massivement pour améliorer l’efficience de l’eau. Les pratiques évoluent : développement de sols plus vivants et riches en matière organique capables de mieux retenir l’humidité, allongement des rotations, implantation de couverts végétaux pour limiter l’évaporation, travail du sol adapté pour préserver la structure et favoriser l’infiltration de l’eau.
Parallèlement, les outils de pilotage se modernisent. Les sondes tensiométriques, les stations météo connectées ou les modèles agronomiques permettent aujourd’hui d’irriguer au plus près des besoins réels des cultures, évitant les apports inutiles. Les matériels ont également progressé : rampes d’irrigation plus précises, goutte-à-goutte, buses économes ou systèmes de modulation des apports.
Ces évolutions témoignent d’une volonté réelle de produire avec moins d’eau et de manière plus responsable.
En plus des pratiques agricoles dite d’agroécologie, il faut aussi accélérer le déploiement à l’échelle des territoires, des solutions dites « fondées sur la nature » telles que la restauration des cours d’eau, l’hydrologie régénérative, les aménagements bocagers à partir du moment bien évidement ou ils sont pensés pour combiner des impacts positifs sur l’environnement, la recharge des nappes par exemple et des conditions favorables à la production agricole.
Il serait néanmoins illusoire de penser que ces progrès suffiront à eux seuls à compenser les effets de l’évolution du climat et à répondre à la question de l’accès à l’eau pour la production agricole quand inévitablement arriveront les périodes de sécheresse.

Créer des ressources supplémentaires
Améliorer l’efficacité de l’eau à l’échelle du territoire ou des exploitations est indispensable. Mais l’efficacité ne crée pas de ressource supplémentaire. C’est pourquoi des solutions de stockage, gérées bien évidement de manière collective avec l’ensemble des parties prenantes de nos territoires- restent incontournables pour sécuriser la production agricole et préparer l’agriculture française au climat de demain.
Que l’on appelle cela retenue, réserve, étang, bassine… l’objectif est le même : retenir l’eau quand la ressource est abondante pour éviter de prélever quand elle manque. Les retenues ne constituent ni une solution miracle ni un danger systématique. Elles sont un outil parmi d’autres, qui doit être intégré dans une gestion globale de la ressource. Refuser par principe toute forme de stockage reviendrait à ignorer la réalité du changement climatique et de ses conséquences, les contraintes de la production et les besoins des plantes et des animaux.

Une réglementation inadaptée
Force est de constater que la réglementation actuelle ne permet plus, ou difficilement, de mettre en place des infrastructures de stockage de l’eau, quelle que soit leur taille. Certains ouvrages, aujourd’hui essentiels pour l’irrigation, le soutien d’étiage et même la biodiversité ne seraient plus réalisables aujourd’hui. C’est le cas par exemple de la retenue de Rillé (4,5 millions de m³ sur le Lathan, classé Natura 2000), de l’étang de Beaurepaire (sur le Layon, espace ENS) ou encore du Ribou (près de Cholet, pour l’eau potable et l’irrigation) qui sont des aménagements sur cours d’eau impossible à réaliser aujourd’hui. Ils cochent pourtant toutes les cases de la durabilité et prouvent que des aménagements au service de l’activité humaine peuvent bénéficier à l’environnement.
Avec la réglementation actuelle, quasi aucun projet de stockage ne voit le jour. Les porteurs de projet n’osent même plus entamer des démarches car ils sont tout de suite confrontés à la présence de zones humides, la réalisation d’études coûteuses sans certitude d’aboutir à un résultat ou la nécessité d’utiliser de la géomembrane pour assurer une déconnexion du milieu. Il nous faut inverser la tendance en révisant la réglementation et son application. Sans cette prise de conscience, nous verrons un recul de la production qui sera compensé par des importations qui n’ont pas les mêmes contraintes.
Au fond, la question est simple :
Voulons-nous continuer à produire notre alimentation en France ?
Si la réponse est oui, alors l’accès à l’eau pour l’agriculture doit devenir une priorité nationale.

Un objectif de 10 millions de mètre cube en Maine-et-Loire
L’irrigation en Maine-et-Loire représente en moyenne 54 millions de m³ par an, portés en grande partie par la Loire et nos nappes souterraines. Pour sécuriser les productions du territoire tout en limitant l’impact sur les milieux en période de basses eaux, il nous faut l’ambition de créer du stockage à hauteur de 10 millions de m³.

En proposant tous les endroits possibles,
Quelle que soit la taille,
En individuel ou en collectif,
Et parce que nous portons un usage responsable et durable :
Pour l’irrigation mais pas que : soutien d’étiage, sécurité incendie, …
Des espaces aménagés pour favoriser la biodiversité autour des réserves

Toutes ces idées, tous ces lieux, nous les porterons devant l’Etat et le législateur pour que le cadre change, qu’il devienne durable, au service de l’environnement ET de l’économie.
Pour nos territoires, portons une vision de long terme, structurante, concrète, au service des femmes et des hommes qui y vivent et qui y travaillent, de l’environnement et de nos productions.

Denis LAIZÉ, Président de la Chambre d’agriculture de Maine et Loire
Emmanuel LACHAIZE, Président de la FDSEA 49
Kenny BRAUD et Vincent COLINEAU, Co-présidents de JA 49
Albert RICHARD, Président de la FD COOP
Anne Gautier, Présidente de la MSA
Loïc MÉNARD, Président Délégation Maine et Loire du Crédit Agricole Anjou Maine
Hugues de LA CELLE, Président du Syndicat Départemental de la propriété privée rurale de Maine et Loire